Les Açores au-delà de São Miguel
Presque tous les premiers voyages aux Açores commencent et s’achèvent à São Miguel. C’est la plus grande île, elle a les vols directs, et elle tient toutes les promesses des photographies : lacs de cratère, sources chaudes, haies d’hortensias. Personne n’en repart déçu. Mais São Miguel n’est qu’une île sur neuf, et les voyageurs qui poussent jusqu’aux autres en reviennent avec un récit différent. Pas plus spectaculaire. Plus intime.
L’archipel s’étire en trois groupes sur près de six cents kilomètres d’Atlantique ouvert : le groupe oriental, São Miguel et Santa Maria ; le groupe central, Terceira, Graciosa, São Jorge, Pico et Faial ; et, loin à l’ouest, Flores et Corvo. Chaque groupe a son tempérament, et les distances qui les séparent font partie de l’intérêt. Ce n’est pas un archipel que l’on coche. C’est un archipel dans lequel on choisit.
Pico : la montagne, et la vigne qui pousse dans la lave
Le Pico s’annonce de très loin. L’île s’organise autour d’un unique volcan endormi, la Ponta do Pico, qui culmine à 2 351 mètres : le point le plus élevé de tout le Portugal et l’une des grandes montagnes de l’Atlantique. Par un matin clair, elle flotte au-dessus de la couche de nuages, visible depuis quatre îles voisines.
La montagne est le titre. Les vignobles sont la révélation. Le long du littoral occidental du Pico, des générations d’insulaires ont bâti un paysage à la main : des milliers de petits enclos de pierre de lave noire, empilée sans mortier, chacun protégeant quelques ceps du vent salé. Les Portugais les appellent currais, et vus d’en haut ils dessinent un damier noir qui descend jusqu’à la mer. L’UNESCO a inscrit le paysage viticole de l’île du Pico au patrimoine mondial en 2004, et sur place l’exploit est difficile à surestimer : une agriculture inventée de toutes pièces sur une roche où rien n’aurait dû pousser. Les vins qui en sortent, minéraux et salins, comptent parmi les plus singuliers du pays, et prolongent naturellement notre article sur les régions viticoles au-delà du Douro.
Faial : un port à très longue mémoire
À une courte traversée de là s’étend Faial, dont la capitale, Horta, est l’un des petits ports les plus attachants de l’Atlantique. Depuis un siècle et demi, les équipages qui naviguent entre l’Europe et les Amériques y font escale pour se reposer et réparer, et la tradition veut que chacun laisse sur le quai un panneau peint : un nom, une date, un bateau, un blason. Le mur du port est devenu une fresque de plusieurs kilomètres, complétée une traversée après l’autre. Attablez-vous devant un café, regardez le Pico surgir du chenal en face, et vous comprendrez pourquoi les marins parlent de ce port comme ils en parlent.
Faial porte aussi une cicatrice qui a changé l’île à jamais. Le 27 septembre 1957, un volcan a jailli de la mer à la pointe occidentale, aux Capelinhos. Il a brûlé par intermittence pendant environ treize mois, enseveli fermes et hameaux sous les cendres, et provoqué une vague d’émigration qui a redessiné les familles açoriennes des deux côtés de l’Atlantique. Il en reste un promontoire lunaire de cendre grise et un phare à demi englouti, avec un centre d’interprétation discrètement enterré. C’est le paysage le plus grave de l’archipel, et le plus saisissant.
Terceira, São Jorge et la forme d’une semaine sans hâte
Terceira détient l’autre inscription au patrimoine mondial de l’archipel. Angra do Heroísmo fut durant des siècles une escale obligée sur les routes entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques, et la richesse de ce trafic se voit encore : un damier de façades pastel, des églises baroques, deux grandes forteresses veillant sur la baie. L’UNESCO a classé son centre historique en 1983. C’est une vraie ville plutôt qu’un musée, et elle sait s’amuser.
São Jorge est l’île longue et étroite, une arête de falaises vertes qui tombe droit dans la mer. Sa singularité tient aux fajãs, ces petits replats de terre formés au pied des falaises par d’anciens éboulements et coulées de lave, certains accessibles à pied seulement, plusieurs encore cultivés et habités. L’île entière est devenue réserve de biosphère de l’UNESCO en 2016. Son fromage, affiné, ferme et légèrement piquant, est celui que les Portugais vous demandent de rapporter.
Plus à l’ouest, Flores et Corvo s’adressent aux voyageurs qui veulent vraiment le bout du monde. Flores, réserve de biosphère depuis 2009, est un mur vert de cascades et de lacs de cratère. Corvo compte un seul village et de l’ordre de quatre cents habitants, et à sa pointe nord un immense cratère effondré, le Caldeirão, que l’on contemple d’en haut plutôt que de face.
Comment cela s’organise
Les liaisons entre îles sont plus simples que la carte ne le laisse croire. SATA Air Açores dessert les neuf îles, avec des sauts de vingt minutes à une heure environ, et des ferries relient le groupe central en saison : de loin la plus belle façon de circuler entre Faial, Pico et São Jorge. Notre règle pratique : l’avion entre les groupes, le bateau à l’intérieur d’un groupe, et au moins deux nuits par île. Trois îles en dix jours donnent un beau rythme. Cinq relèvent de la course.
La météo est la réserve honnête. Ce sont des îles en plein Atlantique et le ciel y change d’heure en heure, en toute saison. De la fin du printemps au début de l’automne, les conditions sont les plus stables, juin à septembre restant la période la plus sûre pour l’ascension du Pico et l’observation des cétacés. Nous détaillons les saisons dans notre guide quand partir aux Açores. Prévoyez du mou dans le programme, et considérez un après-midi perdu comme faisant partie du contrat, non comme un échec d’organisation.
Notre avis
Si vous avez une semaine, São Miguel seule fait un très beau séjour. Si vous avez dix jours ou plus, répartir votre temps est ce qui transforme des vacances en récit que l’on raconte des années plus tard. Nous associerions d’abord Pico et Faial, pour la montagne, les vignes et ce port, puis São Jorge ou Terceira selon que vous préférez les falaises et le fromage ou les pavés et l’animation. Flores et Corvo, nous ne les proposons qu’aux voyageurs qui ont du temps et de la patience, car le groupe occidental récompense les deux et ne pardonne ni la précipitation ni une correspondance trop juste.
Rien de tout cela n’est compliqué à monter, mais il faut quelqu’un qui surveille pour vous les horaires aériens, la saison des ferries et les fenêtres météo. C’est là, plus qu’ailleurs, que se justifie un concepteur de voyages sur place. Et si vous hésitez encore entre l’archipel et sa sœur atlantique, notre comparaison Madère ou les Açores est le bon point de départ.
Si l’idée d’une traversée sans hâte entre trois ou quatre îles açoriennes vous séduit, nous la composerons autour de vous : le bon ordre, les bonnes nuits, les correspondances maîtrisées. Engageons la conversation, et imaginons ensemble quelque chose de discrètement remarquable.